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Le rôle de la musique dans la réflexion commissariale de l’exposition RELATIONS

Date et heure
Lundi 21 septembre 2020

Le rôle de la musique dans la réflexion commissariale de l’exposition RELATIONS

Par Victoria Carrasco

Alors que s’amorce la phase automnale de notre exposition RELATIONS: la diaspora et la peinture à la Fondation PHI, plusieurs événements restent à venir, dont ceux présentés en collaboration avec POP Montréal à la fin septembre. Nous en avons profité pour discuter avec la commissaire Cheryl Sim du rôle de la musique dans l’exposition, dans sa vision commissariale et dans sa propre pratique artistique.

VC: Dans la brochure de l’exposition, tu écris que tu souhaitais «privilégier une multiplicité de voix afin qu’aucun discours ne s’installe». Il se dégage de l’exposition une impression de mouvement, un dynamisme propulsé par la variété des discours et des techniques. Comment as-tu utilisé le médium de la peinture et le concept de la diaspora pour insuffler ce rythme à l’exposition, particulièrement dans un lieu reconnu pour «figer le temps», et comment fais-tu pour garder le concept en évolution?  

CS: En effet, chaque artiste imprègne ses créations de ses vibrations propres, et la grande variété des œuvres crée pour le visiteur un intense effet d’ensemble empreint d’une certaine musicalité. Le concept de diaspora est le véhicule idéal pour l’idée d’une multiplicité de points de vue tous aussi vrais qu’essentiels. Lorsqu’on travaille avec des œuvres d’une telle puissance, il est satisfaisant de réussir à créer une harmonie de la sorte. C’est peut-être dû aux années passées à arpenter ces espaces, mais j’ai maintenant un sens profond de la disposition des différentes galeries et de la façon dont elles communiquent entre elles, ce qui facilite la création d’expositions vivantes et vibrantes. C’est un peu comme le musicien qui vient à connaître chaque détail de son instrument. Le son n’en est que meilleur!

VC: Les artistes de l’exposition pratiquent aussi la musique ou les sonorités. Était-ce volontaire de ta part?

CS: Pas du tout. Je suis toujours étonnée par le pouvoir des affinités. C’est souvent lorsque je suis ouverte d’esprit et que je me fie à mon instinct que des coïncidences heureuses se révèlent. Au départ, je n’étais pas au courant que Larry Achiampong et Curtis Talwst Santiago jouaient de la musique. Et maintenant, je me souviens que Marigold Santos intègre aussi la musique à son œuvre. En rétrospective, c’est évident! Bien sûr qu’ils font de la musique.

Vue d’exposition, RELATIONS: la diaspora et la peinture, 2020, Fondation PHI. Larry Achiampong, Holy Cloud (Mighty Jesus), 2014. Avec l’aimable permission de l’artiste et Copperfield, Londres © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay.

VC: Tu as aussi écrit: «Les rapports au sein et entre les œuvres des artistes génèrent des mélodies et des contre-mélodies qui s’accumulent au fil de la visite pour culminer en une fugue baroque ou un contrepoint jazzé subtil et complexe. En ajoutant nos propres lectures mélodiques à la partition, nous exploitons nous aussi le potentiel d’un regard contrapuntique.» Quelle est l’importance de la musique dans le concept de l’exposition et comment cette latence influence-t-elle l’expérience du visiteur?

CS: Ce n’est qu’après avoir réfléchi aux œuvres et à leur diversité, tant sur le plan esthétique que sur celui des questions qu’elles soulèvent par rapport à notre vision de la diaspora, que j’ai compris que ce que nous faisions relevait presque de la musique. J’ai même été surprise d’avoir mis autant de temps à m’en rendre compte. Je comprends maintenant que d’une façon ou d’une autre, j’apprécierai toujours l’art à travers un certain filtre musical. C’est plus fort que moi! Je ne sais pas dans quelle mesure les visiteurs de l’exposition vont «entendre sa musique», mais je le leur souhaite. Je les invite tout de même à essayer, de la façon que je propose dans la brochure. Peut-être que cette invitation les aidera à entendre ces voix, peut-être même longtemps après leur départ de la galerie. 

Vue d’exposition, RELATIONS: la diaspora et la peinture, 2020, Fondation PHI. De gauche à droite: Curtis Talwst Santiago, The Day of Carnival, 2018. Collection particulière; Ooo Dey Ooo Dey, 2019. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la Rachel Uffner Gallery; Jouvet Ancestral Recollection, 2018. Collection Leslie et Michael Weissman © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay.

VC: La musique joue un rôle important dans tout ce que tu présentes à la Fondation, que ce soit par des spectacles ou par la présentation de l’univers de la musique et du son. Je pense à LIBERTÉ CONQUÉRANTE: Les instructions de Yoko Ono et l’art de John et de Yoko ou à Phil Collins, par exemple. Comment perçois-tu la place du son dans ta propre pratique artistique? À titre de commissaire à la Fondation, comment canalises-tu cet intérêt à travers des concepts destinés au public?

CS: Grosse question, mais bonne question. La musique prend certainement une grande place dans ma propre production artistique, que ce soit comme matériau, comme concept ou même comme outil. La musique peut améliorer notre expérience des arts visuels de plusieurs façons. En effet, l’écoute peut aiguiser notre capacité à capter l’essence de la beauté et de la poésie d’une toile. Il peut en résulter une sensation de synesthésie, comme si on entendait la peinture. À titre de commissaire, je me perçois essentiellement comme une communicatrice, et je cherche à découvrir le plus grand nombre possible de points d’accès pour les gens afin de rendre mes communications aussi efficaces que possible. La musique sera toujours porteuse de sens, tangible ou métaphorique, et je crois que c’est un rôle qu’elle joue à merveille, un peu comme une langue partagée par tous.

L’exposition RELATIONS: la diaspora et peinture est présentée jusqu'au 29 novembre 2020.

Ne manquez pas nos co-présentations avec POP Montréal cette année:

Anti-Gone - 25 septembre, à 18h
We Are Our Subcultures - 26 septembre, à 16h, au Cinéma Moderne
BLACK_GOLD_MIXTAPE - Une performance audiovisuelle par Larry Achiampong - 26 septembre, à 22h

Photo (couverture): Vue d’exposition, RELATIONS: la diaspora et la peinture, 2020, Fondation PHI. De gauche à droite: Julie Mehretu, Mumbo Jumbo, 2008. Collection Astrup Fearnley; Frank Bowling, Bunch, 1979/2012. Avec l’aimable permission de l’artiste, Alexander Gray Associates, New York; Marc Selwyn Fine Art, Los Angeles © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay.

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