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Un retour sur A Glossary of Insistence de Tanya Lukin Linklater et sur la causerie d’Affinités

Date et heure
Mercredi 13 juillet 2016

Un retour sur A Glossary of Insistence de Tanya Lukin Linklater et sur la causerie d’Affinités

Le jeudi 26 mai 2016, DHC/ART, le Centre Phi et Hexagram présentaient une causerie avec les artistes Joan Jonas, Tanya Lukin Linklater et taisha paggett dans le cadre de la série d’événements Affinités. Cette causerie, modérée par Barbara Clausen, commissaire de l’exposition Joan Jonas: From Away, et par Cheryl Sim, commissaire à DHC/ART, a été l’occasion pour les invitées de tracer des liens entre leurs démarches artistiques respectives et d’initier un dialogue avec le public sur les questionnements qui émergent de leurs pratiques.

En guise d’introduction à sa présentation, Tanya Lukin Linklater a proposé de réfléchir à l’acte de reconnaissance du territoire traditionnel des Premières Nations, qui consiste généralement en quelques phrases, prononcées en début d’une conférence ou d’une présentation publique. Tous et toutes s’entendent pour dire que cet acte est absolument nécessaire, et qu’il devrait être pratique courante dans les évènements publics au Québec et au Canada, notamment dans le milieu francophone. Lukin Linklater, en reconnaissant l’importance de cette prise de parole, partageait toutefois ses inquiétudes quant à son effet historicisant. En associant les usages que font les Premières Nations du territoire à la tradition, on met de côté les usages contemporains du territoire et la mobilité des Premières Nations en contexte urbain. Serait-il possible d’imaginer un acte de reconnaissance qui rend compte à la fois de l’histoire coloniale canadienne et des complexités contemporaines de la mobilité et de la migration?

Il s’agirait donc de performer un texte qui, tout en rendant visible l’absence, permettrait de rendre compte simultanément d’un temps historique et d’un temps présent. Ces questionnements sont au cœur de l’œuvre de Tanya Lukin Linklater, tel que vu dans A Glossary of Insistence, présentée quelques semaines plus tard au Centre Phi. Un glossaire y est proposé, mais, comme l’indique Lukin Linklater lors de la causerie, il se réfère à un texte qui n’est pas nécessairement visible, ou lisible. Il est un rendu de l’expérience de l’artiste, un outil pour conjurer des images, faire se juxtaposer des concepts et des percepts. Lors de cette performance-conférence, l’artiste, accompagnée de deux interprètes, fait se croiser Maria Tallchief, Lemonade de Beyoncé, les œuvres de Carrie Mae Weems, Glenn Ligon ou Lorna Simpson, les textes d’Audra Simpson, de Leonardo Drew, mais aussi des réflexions critiques (et nécessaires) sur l’anthropologie comme discipline coloniale, sur le rapatriement des collections des Premières Nations en territoire traditionnel ou les rapports de force que subissent les corps dans le ballet. La force de cette performance réside en la cohabitation de ces objets et de ces questions, qui sont relayées dans l’ordre et dans le désordre, sur lesquelles l’artiste insiste, les faisant s’entrechoquer.

Pour celles et ceux qui n’ont pas pu être présents, la documentation audio de la causerie est disponible pour écoute sur le SoundCloud d’Hexagram. Je vous invite à consulter cette documentation, parce qu’elle est riche en idées et en concepts, parce qu’elle permet de faire se dialoguer le travail de trois artistes remarquables, mais aussi parce qu’elle permet d’en savoir plus sur la méthode de travail de Tanya Lukin Linklater.

Le public montréalais aura la chance de revoir le travail de Lukin Linklater lors de la prochaine Biennale de Montréal, qui sera présentée à l’automne 2016.

Daniel Fiset
DHC/ART Éducation

Photos:
Tanya Lukin Linklater
A Glossary of Insistence (2016)
Avec la permission de DHC/ART Fondation pour l'art contemporain
Photographie: Ulysse Lemerise

Causerie avec les artistes de la série Affinités
Photographie: Hexagram

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