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Le poids et la légèreté d’offrir et de donner

Date et heure
Mardi 31 octobre 2017

Le poids et la légèreté d’offrir et de donner

L'outil L'OFFRE: Mouvements est conçu par l'équipe de DHC/ART Éducation afin d'encourager les visiteurs à développer en profondeur certains concepts clés explorés par l'exposition L'OFFRE.

Composition: Poids et légèreté

Lewis Hyde développe dans The Gift: Creativity and the Artist in the Modern World une «éthique de l’échange du cadeau», où ce dernier est appelé à être donné, recueilli, puis transformé et repartagé, tissant ainsi des relations signifiantes entre les êtres impliqués. Hyde y voit là «une sorte de commerce «érotique», en opposant eros (le principe d’attraction, d’union, d’engagement, qui nous lie les uns aux autres) à logos (la raison, la logique en général, le principe de différenciation en particulier) [1]». Ses idées nourrissent l’exposition L’OFFRE, qui nous présente les œuvres de neuf artistes qui repensent la relation de don et de cadeau, allant parfois jusqu’à chercher une alternative à la logique capitaliste.

Nous proposons que cet eros porte en lui à la fois un principe de «légèreté» et un autre, de «poids», et de «gravité». Il y a le ravissement, la joie, qui nous transportent à la réception du cadeau, puis, vient l’incertitude liée à la relation à développer, à la nature du don à façonner en retour: comment créer un autre geste qui fera fructifier, et circuler, ce qui a déjà été partagé? Vient aussi cette peur qui nous serre l’estomac: nous voulons nous ouvrir à l’autre, nous voir transformé, mais nous sommes inquiets à l’idée de nous rendre vulnérable.

Pour son projet Pearls (1999-en cours), Simryn Gill demande à plusieurs de ses amis de lui donner leur livre préféré. Elle déchire ensuite les pages du livre pour refaçonner celles-ci en perles, qu’elle assemble en collier pour le redonner à son destinataire. Chacun prend alors une photo de lui-même/elle-même portant le bijou pour le renvoyer à Gill. Il y a ici, pour les participants, le deuil de perdre un livre important, mais aussi l’émerveillement de le voir métamorphosé en un magnifique bijou, façonné par la main de l’artiste. Ensuite, il y a la lourdeur de celui-ci, lorsqu’ils le portent—mais on peut aussi concevoir cette pression comme le geste de mains qui offrent un poids bénéfique sur les épaules.

Et puis pour Gill, il y a cet accueil de tous ces livres, de tous ces textes, tous autant d’incarnations de ses proches, mais aussi la déchirante destruction, et le long labeur de la transformation. Il est à savoir que la perle fabriquée par certains mollusques est en fait une réaction de défense: quand un corps étranger entre dans la coquille, l’huître réagit en entourant l'objet d'une couche de matière blanche nacrée.

Pour ce qui est de Lee Mingwei, son œuvre Sonic Blossom (2013-en cours) se déploie par l’entremise des déambulations d’un chanteur dans les espaces de la galerie, qui éventuellement approche un visiteur pour lui proposer: «puis-je vous offrir un cadeau»? Un lied de Schubert est alors offert. Le visiteur choisi, à l’écoute de la musique, ressent l’élan du sublime. Puis, il apprendra que cet air était écouté par l’artiste et sa mère afin de les réconforter à la suite d’une chirurgie subie par cette dernière. Vient alors la constatation de la gravité de l’histoire associée à cet air: le fils voyant sa mère vieillissante, frêle, malade, qui prend conscience de sa mortalité éventuelle. Ainsi, ce souffle qui s’échange entre le chanteur et le visiteur, ce va-et-vient de la vie, est une manifestation vibrante de celle-ci, mais aussi un rappel poignant de la fragilité du corps, que le souffle peut cesser. Sonic Blossom, c’est cette chaleur qui s’épand entre nous par notre commune existence.

Kataoka Mami souligne les principes de la philosophie zen qui sous-tendent les œuvres de Lee Mingwei: «l’impermanence des choses terrestres implique que toutes existences dans ce monde sont en flux constant (...) [2]». De quelle manière Sonic Blossom (2013-en cours) et Money for Art (1994-2010) offrent une alternative déstabilisante à la culture capitaliste?

L’œuvre de Sonny Assu, Silenced, the Burning (2011), évoque les cérémonies de potlatch telles que célébrées dans la culture Kwakwaka’wakw. Les potlatchs ont été bannis par le gouvernement canadien de 1884 à 1951. Éclairé par le contexte entourant cette œuvre, comment décririez-vous la tonalité de celle-ci?

Marie-Hélène Lemaire
DHC/ART Éducation

[1] HYDE, Lewis (2007 [1983]). The Gift: Creativity and the Artist in the Modern World. New York: Vintage Books.
[2] MAMI, Kataoka (2014). «Value of Invisible Threads: Lee Mingwei and His Relations». Lee Mingwei and His Relations. The Art of Participation. Catalogue d’exposition (Taipei Fine Arts Museum et Mori Art Museum).

Photo: Simryn Gill, Pearls: Lenin’s Predictions on the Revolutionary Storms in the East (Peking, Foreign Languages Press, 1967), 2005. Un brin, soie, 134 cm. Crédit photo: Jenni Carter.

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