Percer l’écran du royaume végétal: remarques sur l’infrarouge

Conférence de
Charles Stankievech

465, rue Saint-Jean

20 novembre 2014 - 17h30

Les couleurs ont une étrange duplicité et, si l’on me permet de m’exprimer ainsi, une sorte de double hermaphrodisme, une singulière manière de s’attirer, de s’associer, de se mélanger, de se neutraliser, de s’annuler, etc.; elles entraînent, de surcroît, des effets psychologiques, pathologiques et esthétiques qui demeurent effrayants…

Johann Wolfgang von Goethe,
Le Traité des couleurs, 1810

(Johann Wolfgang von Goethe, Le Traité des couleurs, Trad. française d’Henriette Bideau, Éditions Triades, Paris, 1973.)

À propos

Animées d’une vie nettement plus lente que les images fabriquées par le photojournalisme, les images issues de la scène artistique peuvent aborder la question de l’ambigüité de l’image en prenant une oblique qui autorise stratégiquement une autre temporalité du voir. Les différences typologiques spécifiques entre l’image documentaire et l’image artistique se fondent sur les limites couramment établies entre effet et affect ou entre fait et fiction, mais il s’agit là d’une conception erronée voulant que l’art soit plus émotionnel ou manipulateur que les images de presse ou que les récits idéologiques relèvent exclusivement de la stratégie de propagande. Les deux formes d’images peuvent indifféremment évoquer le désespoir ou l’éblouissement, se muer en icônes ou révéler la structure du quotidien. Leur différence opère plutôt dans le domaine de la vitesse : le cycle de vie du périodique est plus rapide comparé au rayonnement que procure l’univers de l’art. La photographie infrarouge, par exemple, catapulte la notion de lenteur dans la matérialité de la lumière, car en regardant ces couleurs fictives, la seule différence qui nous frappe d’un point de vue technique est le subtil changement de longueurs d’ondes : des oscillations plus lentes d’énergie électromagnétique qui émanent de la matière en décomposition.

Piercing the Screen résulte de l’imbrication de la photographie et de l’infrarouge projetée sur six écrans ayant pour thèmes l’astronomie, la détection du camouflage, la photographie spirite, l’espionnage, les sciences de l’environnement et la médecine légale.

Veuillez noter que la conférence se déroulera en anglais.

Biographie

Charles Stankievech est un artiste canadien dont les recherches portent sur des sujets aussi variés que la notion de « travail de terrain » dans le paysage incorporé, le complexe militaire industriel et l’histoire de la technologie. De natures diverses, ses œuvres ont été présentées entre autres au Louisiana Museum, Copenhague; Palais de Tokyo, Paris; Haus der Kulturen der Welt, Berlin; MassMoca Massachussetts; Musée d’art contemporain de Montréal; Centre Canadien d’Architecture, Montréal; Biennales d’Architecture, Venise et SITE, Santa Fe. Ses conférences présentées lors de la Documenta 13 à Kassel et la 8e Biennale de Berlin relèvent autant de la performance que de la leçon pédagogique; ses essais ont été publiés par MIT et Princeton Architectural Press. Il a présenté à titre de commissaire plusieurs projets singuliers et documentés à l’extrême, notamment Magnetic Norths à la Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia et CounterIntelligence à la Justina M. Barnicke Gallery, University of Toronto. Depuis 2010 (et encore pour l’année 2014-2015), il est régulièrement recruté comme consultant privé par le Ministère de la Défense nationale pour mener des recherches indépendantes sur des opérations de renseignements liées à la CFAP. Après avoir fait partie du premier corps enseignant de la Yukon School of Visual Arts à Dawson City, il enseigne actuellement à titre de professeur adjoint à la Daniels Faculty of Architecture, Landscape and Design à l’université de Toronto. Depuis 2011, il co-dirige à Berlin le magazine d’art K.