EN

L’explorateur de reliques: un survol

Date et heure
Lundi 13 septembre 2021

L’explorateur de reliques: un survol

Par Marie-Hélène Lemaire
Responsable de l’éducation, Fondation PHI

Venez découvrir la version montréalaise du projet multidisciplinaire de l’artiste britanno-ghanéen Larry Achiampong intitulé Relic Traveller à la Fondation PHI. Évolutif et cyclique, ce projet à grand déploiement a cours depuis 2017 et a pour point de départ l’alter ego futuriste de Larry Achiampong, soit l’explorateur de reliques.

UNE EXPOSITION IMMERSIVE ET MULTIDISCIPLINAIRE

Pour la première exposition individuelle dans les Amériques de l’artiste Larry Achiampong, la Fondation PHI pour l’art contemporain présente L’explorateur de reliques: d’où nous venons, toi et moi, nous savons que nous ne sommes pas ici pour toujours. Cette exposition se compose de sculptures, d’images, de films, de sons et d’un volet art public, prenant la forme d’installations immersives spécialement conçues pour les espaces de la Fondation et la ville de Montréal. À titre d’exemple, certaines composantes installatives viennent ponctuer le passage du temps et des saisons. D’une part, à travers l’exposition, on remarque une intervention au sol que  l’artiste a fait peindre en rouge pour évoquer la terre du Ghana. Au fil du temps, les pas des visiteurs estomperont la peinture, rendant ainsi visibles différents parcours. Également, l’éclairage dans la salle fenestrée du G6 oscille entre la lumière naturelle et l’éclairage artificiel tout au long de la journée afin de répondre aux changements à l’extérieur.

SON ALTER EGO: L’EXPLORATEUR DE RELIQUES

Par l’entremise de son alter ego futuriste, Larry Achiampong examine son expérience de la diaspora et sa connexion à son patrimoine. Il devient ainsi une archive vivante, qui tisse des liens avec ses racines et qui rassemble les voix de la mémoire collective de ceux et celles qui ont été historiquement opprimés, tout particulièrement les personnes d’ascendance africaine. Son projet Relic Traveller nous invite à nous questionner: Qu’est-ce qui marque et façonne l’histoire? Qui a le droit de laisser une trace? Qui a le droit de partager son expérience pour imaginer et bâtir un avenir commun?

LE TEMPS-SANKO 

Pour élaborer son projet de science-fiction Relic Traveller, il a été important pour Achiampong d’inventer sa propre terminologie, qui est celle du «temps-sanko». Ce concept provient de son patrimoine ghanéen et de la tradition Ashanti du sankofa, qui signifie «retourner et récupérer». Le temps-sanko combine deux mots: «temps» et «sankofa». Sankofa est un mot Twi du Ghana qui signifie revenir en arrière pour récupérer quelque chose qui a été perdu ou oublié, ou bien quelque chose qui est connu, mais qui a besoin d’être revu, afin de comprendre notre présent ou d’ouvrir la voie au futur.

LA MISSION DES EXPLORATEUR·TRICE·S DE RELIQUES

Les figures des explorateur·trice·s de reliques que vous pouvez voir dans l’exposition appartiennent à une tranche du futur, quand les pays de l’Ouest ont atteint un stade de déclin découlant des effets du nationalisme. L’Union panafricaine jouit pour sa part d’une prospérité, d’une harmonie et d’une indépendance nouvelles. Même si l’unité panafricaine a été accomplie, les œuvres d’Achiampong n’illustrent pas un futur utopique; il s’agit plutôt d’un moment dans l’histoire qui affirme l’importance pour tou·te·s d’assumer la responsabilité de guérir les blessures du passé subies par les ancêtres africains. 

Durant cette période cruciale, l’Union panafricaine élabore une série d’initiatives afin de contribuer à construire un futur où la justice pourra s’instaurer par l’entremise de la guérison. L’une de ces initiatives se nomme The Relic Traveller’s Alliance [L’Alliance des explorateur·trice·s de reliques]. Grâce à cette alliance, l’Union panafricaine envoie en mission plusieurs explorateurs de reliques partout sur la planète. Muni·e·s de technologies qui permettent le voyage dans le temps, il·elle·s ont pour mission d’écouter respectueusement et de recueillir les témoignages oraux de personnes du passé, tout particulièrement celles appartenant à la diaspora africaine, qui ont été exploitées et opprimées par des systèmes politiques comme la colonisation, le capitalisme et la mondialisation. 

LES DRAPEAUX ET COMBINAISONS SPATIALES PANAFRICAINS

L’exposition L’explorateur de reliques permet de découvrir deux éléments de grande importance dans la cosmologie de l’artiste: la combinaison spatiale et le drapeau. Spécialement conçues par Achiampong, les combinaisons spatiales sont mises en dialogue avec la série de drapeaux PAN AFRICAN FLAGS FOR THE RELIC TRAVELLERS’ ALLIANCE (2017-2021).

Les 54 étoiles noires sur les drapeaux et les écussons des combinaisons spatiales de l’Union panafricaine représentent les 54 pays de l’Afrique. La couleur verte représente sa terre; le noir, son peuple; et le rouge, les difficultés de son peuple et du continent. Le champ de jaune doré représente l’avènement d’un jour nouveau et la prospérité pour l’Union panafricaine. 

LA SÉRIE DE FILMS RELIC 

Dans l’exposition sont également présentés les films de la série RelicRelic 0 (2017), Relic 1 (2017), Relic 2 (2019) et Relic 3 (2019). Ces films constituent un élément essentiel du projet multidisciplinaire L’explorateur de reliques. Ils se déroulent dans différents paysages et lieux à travers le monde et nous invitent à suivre les explorateur·trice·s de reliques alors qu’il·elle·s écoutent, récupèrent et traitent les traces, les histoires et les témoignages issus du passé de différents membres de la diaspora africaine. Ces films à l’ambiance hypnotique offrent des narrations poétiques et poignantes livrées par des personnages anonymes, sur un envoûtant fond de musique électronique composée par Achiampong.

LE FILM RELIQUARY 2

Une nouvelle œuvre, Reliquary 2 (2020), est présentée en compagnie de la série Relic. Ce film est une méditation sur la période de séparation entre Achiampong et ses enfants au début de la pandémie de COVID-19. L’artiste y examine son propre récit familial durant la pandémie ainsi que le traumatisme de l’isolement et de la séparation forcés durant cette période sans précédent. En s’adressant directement à ses enfants dans ce film, Achiampong offre une archive de prose poétique et contemplative au sujet d’une période surréelle et difficile.

En s’engageant dans ce dialogue intergénérationnel avec ses propres enfants, l’artiste affirme qu’il cherche avec Reliquary 2 à traiter le présent avec une considération et une dignité qui ont été absentes dans la manière de traiter les récits de ses ancêtres.

Photos

1. Larry Achiampong, The Relic Travellers’ Alliance: Assembly 1 & 2, 2021. Huit costumes de pilote MiG, écussons à bande Velcro, mannequins, casques de pilote MiG, masques respiratoires, sacs à dos militaires, chaussures militaires. Dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste et de Copperfield, Londres © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Dahlia Cheng

2. Portrait de Larry Achiampong. Photo: Emile Holba

3. Larry Achiampong, Reliquary 2 (extrait de production), 2020. Vidéo avec son stéréo. Commande de la John Hansard Gallery © Larry Achiampong / LUX. Avec l’aimable permission de l’artiste et de Copperfield, Londres

Articles reliés

Un regard sur l’écoute des ancêtres dans la circularité du temps

Par Jahsun Promesse et Pohanna Pyne Feinberg Cet essai fait partie d’un projet de co-création mené par Pohanna Pyne Feinberg et l’équipe de l’éducation de la Fondation PHI en collaboration avec l’invité spécial Jahsun Promesse. Le projet de co-création comprend
Lire la suite

Insights into Listening to Ancestors within the Circularity of Time

By Jahsun Promesse and Pohanna Pyne Feinberg This essay is part of a co-creation project led by Pohanna Pyne Feinberg and the PHI Foundation Education Team in collaboration with special guest Jahsun Promesse. The co-creation project also includes a video capsule that we invite you to
Lire la suite

La mémoire de l’eau: la poésie visuelle d’Un chemin escarpé

Cet écrit poétique est le fruit d’un projet de co-création entre Méshama Rose Eyob-Austin et Marie-Hélène Lemaire qui porte sur l’œuvre Un chemin escarpé de l’artiste Jamilah Sabur. Il prend la forme d’une introduction et d’un «poème sur l’eau»
Lire la suite

The Memory of Water: The Visual Poetry of A Steep Path

This poetic essay is the result of a co-creation project between Méshama Rose Eyob-Austin and Marie-Hélène Lemaire inspired by Jamilah Sabur’s work A steep path. It takes the form of an introduction followed by a water poem in two voices that explores the theme of
Lire la suite
Exposition reliée

Abonnez-vous à notre infolettre

* Champs obligatoires