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Là où le glacier rencontre le ciel

Date et heure
Mercredi 18 mai 2016 à 14h51

Là où le glacier rencontre le ciel

L'outil Joan Jonas: Mouvements est conçu par l'équipe de DHC/ART Éducation afin d'encourager les visiteurs à développer en profondeur certains concepts clés explorés par l'exposition Joan Jonas: From Away. Ces concepts sont la subjectivité féminine, la nature, le geste et le fantôme.

Contenu: Nature

«Là où le glacier rencontre le ciel, le sol cesse d’être terrestre, et la terre ne fait qu’un avec les cieux; aucune peine n’y vit désormais, et par conséquent la joie n’est plus nécessaire; la beauté seule y règne, au-delà de toutes exigences [1]
- Halldór Laxness

La beauté de la nature est interpellée dans une grande partie du travail de Joan Jonas. Il s’agit d’une beauté qui est au-delà des mots, au-delà d’une définition, ou, comme le suggère Laxness, au-delà de toutes exigences. Tout comme sa beauté, la force de la nature est omniprésente dans l’art de Jonas. Elle attire notre attention sur la fluidité et le rythme du monde naturel, avec ses sons, ses mouvements et ses textures. Par moments, ce monde est puissant et écrasant, comme dans Wind (1968); en d’autres temps, nous sommes stupéfaits par sa qualité sublime, comme dans Glacier (2010). Aussi, en plus de simples références à la nature, à sa force et à sa beauté, Jonas propose un engagement entier envers l’environnement naturel et les animaux dans plusieurs de ses œuvres.

Ceci est particulièrement marquant dans They Come to Us Without a Word (2015), une installation où les espaces sont dédiés aux abeilles, aux poissons, à l’océan et au vent. Dans cette œuvre, Jonas aborde le danger très présent du changement climatique et de l’extinction de nombreuses espèces animales. «Pourquoi regarder les animaux?», un texte majeur de John Berger (1980), est une des inspirations de cette œuvre. L’auteur y traite de l’évolution des rapports entre humains et animaux à travers l’histoire. En référence à ce texte, Jonas indique: «Je pense à l’abeille et à comment elle fonctionne, bâtissant ses rayons, pollinisant les fleurs, produisant du miel et dansant afin de communiquer avec les autres abeilles de la colonie [...]. Les abeilles sont en danger, comme nous le savons tous. Nous dépendons de leur existence [2]».

Jonas tire parti de nos rapports avec les animaux et avec la nature dans ses chorégraphies théâtrales. Dans Reanimation (2012), elle se transforme en renard en se parant d’un masque et par la gestuelle. Via une série de mouvements, fluide et agile, elle devient l’animal qui interagit avec son environnement, alors que des images de paysages islandais sont projetées sur le corps de l’animal, donc sur son propre corps. De cette manière, elle devient également le paysage, établissant un contact avec la glace, les glaciers, les montagnes et les volcans qui inspirent son travail, tel que le décrit poétiquement Laxness ci-haut.

Peut-être, comme le suggère Laxness, n’avons-nous besoin ni de peine ni de joie? Peut-être qu’en effet la terre et le ciel ne font qu’un? Peut-être n’avons-nous besoin que des abeilles, des poissons, du vent et de l’océan, nous offrant une sorte de beauté sublime et transcendantale? C’est ce que nous devrions nous efforcer de protéger. Si nous choisissons de communier avec ces éléments naturels, comme le fait Jonas et comme le suggère Laxness, l’avenir sera plus prometteur.

La nature a été un sujet populaire pour les artistes à travers l’histoire. Par la peinture, le dessin, la photographie ou l’installation, des artistes ont proposé différentes visions du monde naturel (par exemple, la nature sauvage, domestiquée, sublime, belle, puissante). Comment situeriez-vous la pratique de Jonas dans cette longue tradition?

Dans «Pourquoi regarder les animaux ?», John Berger écrit: «Dans les deux siècles derniers, les animaux ont disparu. Aujourd’hui, nous vivons sans eux.» Que pensez-vous de cet énoncé?

Amanda Beattie
DHC/ART Éducation

[1] LAXNESS, Halldór (1969 [1940]). World Light. Traduction de l’islandais par Magnus Magnusson. Madison : University of Wisconsin Press.
[2] JONAS, Joan (2015). « “Why Look at Animals?” by John Berger. Five Artists, Five Book Reviews ». The New York Times Sunday Book Review, édition du 25 juin. En ligne. http://www.nytimes.com/interactive/2015/06/25/books/review/five-artists-five-book-reviews.html.

Photo: Joan Jonas, They Come to Us without a Word, 2015. Extrait, avec l’aimable permission de l’artiste.

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