Entre le geste et l’objet: le quotidien dans IMAGINE BRAZIL

24 novembre 2015

L’outil pédagogique IMAGINE BRAZIL: Mouvements est conçu par l’équipe de DHC/ART Éducation afin d’encourager les visiteurs à développer en profondeur certains concepts clés explorés par l’exposition IMAGINE BRAZIL. Ces concepts sont l’anthropophagie, le quotidien, l’hétérogénéité et l’espace. Cette semaine nous présentons le deuxième essai de la série qui explore la notion du quotidien.

Contenu: Quotidien

Tel que suggéré par la philosophe Yuriko Saito, l’esthétique du quotidien (everyday aesthetics) cherche à «souligner le potentiel esthétique extraordinaire de l’expérience quotidienne la plus ordinaire et, par la même occasion, à analyser notre réaction esthétique ordinaire dans son mode quotidien [1]». À la mesure de l’importance que prend ce courant philosophique, des artistes utilisent le quotidien comme un point de départ conceptuel ou matériel de leurs œuvres. Banal, ordinaire, typique… nous voyons ces termes se répéter dans plusieurs disciplines, mais aussi bien que notre compréhension de «l’esthétique» peut aller au-delà de la beauté ou de l’extraordinaire, notre compréhension du quotidien peut aller au-delà du trivial et du régulier. Il n’existe aucune définition fixe de ces termes. Une chose est sûre : même si nous partagions une définition commune du quotidien, la forme que prennent les objets, symboles, activités ou gestes du quotidien est subjective et variée, à l’image de notre vécu et de notre situation sociohistorique. 

Pour certains artistes d’IMAGINE BRAZIL, les diverses formes que prend le quotidien questionnent des structures économiques et sociales similaires. Encourageant le regardeur à reconsidérer ses sentiments, ses actions ou sa manière d’être au monde au quotidien, ces artistes interrogent les systèmes de pouvoir et d’oppression, resituent l’histoire et créent des points de contact. 

Il y a quarante-cinq ans, Cildo Meireles problématisait déjà le caractère sacré de l’objet d’art dans ses travaux. Insertions into Ideological Circuits: Coca-Cola Project (1970) est l’un des deux projets basés sur, dans ses mots, «le besoin de créer un système pour la circulation et l’échange d’informations qui ne dépend pas d’un contrôle centralisé [2]». Meireles grave des phrases subversives sur des bouteilles de Coca-Cola en verre avant de les remettre en circulation. Ce faisant, il cherche à perturber le pouvoir établi et les structures de propriété et à encourager la participation du public dans l’échange d’informations.

En revanche, la pratique performative de Paulo Nazareth s’engage avec le corps en mouvement. À travers l’acte quotidien de la marche, l’artiste couvre de grandes distances et sillonne des routes à haute signification historique, ce qui le met en contact avec les autres et ses propres racines hybrides. Dans ses installations, il combine des gestes et des objets du quotidien, qui impliquent des rapports humains ou un échange dans la sphère publique (cartes à jouer, journaux, affiches de rue, etc.). Nazareth fait la lumière sur le pouvoir qu’ont les intérêts extérieurs à dicter, entre autres choses, la perception de soi, l’identité culturelle et les frontières nationales. 

En même temps que la signification du terme «quotidien» fluctue selon le contexte, le poids idéologique ou culturel d’un objet peut changer. Quels seraient des exemples d’objets ou de gestes que vous considérez comme quotidiens? Quels facteurs pourraient faire en sorte de les voir d’une autre manière?

Les réalités actuelles découlant du colonialisme, de l’esclavage, de la dictature et du néo-impérialisme se font lourdement sentir dans l’exposition. De quelle manière l’usage des objets ou les gestes du quotidien peuvent-ils entamer un dialogue sur les effets du trauma collectif, de la violence systémique ou de l’oppression internalisée?

DHC/ART Éducation


[1] Yuriko Saito, Everyday Aesthetics (Oxford: Oxford University Press, 2008), consulté le 30 octobre 2015, http://www.oxfordscholarship.com/view/10.1093/acprof:oso/
9780199278350.001.0001/acprof-9780199278350
[2] Cildo Meireles, «Insertions into Ideological Circuits, 1970-75,» dans Art and Social Change: A Critical Reader, dir. Charles Esche and Will Bradley (London: Tate Publishing, 2008), 181-186.


Movements_Quotidien

Crédit photo:

Cildo Meireles, Insertions into Ideological Circuits: Coca-Cola Project, 1970. Transfert de texte sur verre. 18 x 80 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la Galeria Luisa Strina, São Paulo.

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