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Date and time
Friday, September 4, 2015

DHC/ART Éducation a le grand plaisir d’annoncer la projection du film Chocolat (1988) de Claire Denis, la dernière projection de son Kino Club estival en lien avec l’exposition Yinka Shonibare MBE: Pièces de résistance.

Chocolat de Claire Denis dresse le portrait d'une famille de Blancs dans le Cameroun français de l'époque coloniale des années 1950. En ouverture du film, nous voyons France, qui retourne au Cameroun vingt ans après y avoir vécu petite. Nous sommes alors entraînés dans ses souvenirs, où se succèdent des moments de sa vie quotidienne dans la maison familiale. Marc, le père de la petite France, est alors administrateur colonial à Mindif, dans le nord Cameroun. Souvent absent, il laisse sa femme Aimée, «Madame la commandant»en charge de leur domaine, et confie à Protée, le boy de la maison, la responsabilité de veiller sur sa femme et sa fille de sept ans.

Tout comme Yinka Shonibare, Claire Denis s'intéresse à l'histoire coloniale, et à la manière dont les relations de pouvoir s'y jouent. Dans ce film, elle opte pour un regard non pas omniscient et distancié sur cette réalité, mais bien à proximité des êtres. Chaque artiste aménage dans ses oeuvres des moments de silence féconds où il devient possible pour le spectateur d'observer avec attention le détail d'un geste, les différentes qualités de présence des personnages. Et c'est à travers ces gestes des corps que nous percevons l'ambivalence des relations entre les êtres, alors que les positions sociales sont brutalement et fermement définies dans le système colonial.

Dans Un Ballo in Maschera, Shonibare a fait le choix de ne pas incorporer de musique dans la scène; les interprètes dansent en silence. Pour celui-ci, ce silence permet de révéler des choses souvent cachées. Il affirme: «It is really about the presence of the actors […]. I didn't want to distract from the presence of the actors. I left things in that would be taken out in 'normal films', like the effort of their dancing, or their breathing, or the sound of their clothes. Everything’s exaggerated so that you can just focus on the people, on the movement, on the visuals. That also gave the action a slightly disturbing quality, which I liked [1]».

Dans Chocolat, Claire Denis a aussi cette manière de poser le regard sur l'éloquence du geste - en silence ou accompagné de très peu de mots - qui exprime tout à la fois l'affection, le désir, mais aussi la colère, la honte, la révolte, le désespoir. La main de Protée qui parsème de fourmis une tartine de fromage pour France; les gestes de la petite qui pointent chaque partie du visage de Protée, en apprenant à les nommer dans la langue maternelle de ce dernier; le corps de la fillette qui s'évade par la fenêtre pour éviter de faire la sieste et qui court vers les quartiers des domestiques, où on lui criera: «Tu n'es pas couchée? - tu vas devenir toute noire et ton père il va crier!» C'est aussi des corps qui se battent, ceux de Protée et de Luc le Français - ce dernier qui dérange l'ordre des choses dans ce monde colonial; le corps de Luc qui sera ainsi violemment expulsé du domaine, par Protée, envoyé pour se perdre dans la nuit noire. Il y a aussi la main blanche de France et la main noire de Protée posées ensemble sur un tuyau de génératrice, geste qui les marquera pour toujours. Et puis il y a les fantômes qui hantent Aimée. Elle dira, parlant de l'ancien propriétaire de leur maison, un Allemand: «on raconte que cet administrateur a été égorgé en pleine nuit par un de ses boys».

Chocolat et Un Ballo in Maschera nous invitent à affiner notre attention pour tout ce qui se situe hors du langage, hors de la portée de notre raison aussi, pour identifier cette multitude d'événements qui se trament et se révèlent dans l'expérience vécue de tous et chacun.

Nous espérons vous voir le jeudi 10 septembre 2015, à 18h, pour la projection de Chocolat! L’entrée est gratuite. La soirée sera animée par notre éducatrice, Emily Keenlyside. Premier arrivé, premier servi.

Marie-Hélène Lemaire
DHC/ART Éducation

[1] Downey, Anthony (2005). "Yinka Shonibare by Anthony Downey". Bomb Magazine. En ligne. http://bombmagazine.org/article/2777/yinka-shonibare. Consulté le 15 avril 2015.

Photo: Orion Classics

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